NOUVELLES D'UN TOURNAGE ATTENDU
Je vais, cette fois, (j'en connais des à qui ça va faire plaisir) partager avec vous quelques secrets professionnels en vous racontant par le menu la difficile gestation de mon tournage de septembre.
Depuis la fin du printemps, depuis que l'acheteur de Canal Plus m'a laissé entendre qu'il pouvait y avoir un créneau pour moi en février ou mars 2009, je sais que je DOIS tourner un nouveau film au début de l'automne.
Pourquoi cet impératif ?
Pour l'argent? Non. Je l'ai déjà souvent écrit, mais, en l'état actuel du marché de notre pauvre métier, dans ce pays, je suis incapable, avec ma boîte, de gagner de l'argent en faisant un film.
Au mieux, en étant malin, je peux espérer rembourser le film si il n'a pas coûté trop cher.
Prenons en exemple le film que j'ai fait l'an dernier. "Ludivine".
"Ludivine", s'il n'a pas été une opération financièrement rentable, a eu le mérite de (re)faire parler de moi et de (re)donner la preuve que je ne suis pas le plus mauvais.
Et de me donner à mâcher un défi plutôt amusant. (J'aime) En plus, il m'a forcé à maîtriser des nouvelles technos (Final Cut HD 1080 sur P2, le mixage, quelques effets spéciaux, la confo HD...)
Et puis, a fait du "buzz", il a amené vers mon web (qui nous fait vivre) des gens nouveaux. C'était donc un investissement publicitaire.
Enfin, "Ludivine", après son passage sur Canal Plus, m'a rapporté, à moi personnellement, via la SACD, des droits d'auteur dont j'ai grand besoin pour vivre.
Mais... Ludivine a coûté encore trop cher. Il n'est pas encore remboursé et je ne sais pas s'il le sera un jour.
Faute d'être un distributeur compétent, faute de marché (pas de points de vente sérieux, pas de circuits, piratage systématique et massif, pas de marché DVD international, tarifs TV indigents...), je suis incapable, aujourd'hui, de tourner un film un peu cher. Quand je faisais "XYZ", ou "French Beauty", il y a sept ou huit ans, je trouvais encore de l'argent. Difficilement, bien sûr, et je me plaignais déjà, mais je pouvais m'offrir un joli casting et des scènes de groupe, par exemple. Pour le film de septembre, toutes ces sources de financement taries, les comptes sont simples. Si je ne veux pas faire perdre des sous à ma pauv'tite boîte qui a tant de mal à en gagner, je ne peux pas dépenser plus que ce que Canal me donnera pour la diffusion en HD.
Je me suis donc dit. "Ok, je vais changer de méthode et faire un film "dogme" Caméra à l'épaule, pas de lumières, à Paris, dans des décors plus ou moins gratuits. A la bite et au couteau."
Et j'ai commencé, dès le mois de mai, à pondre le concept de "Les garçons sont des cons". Trois jours dans la vie de trois filles parisiennes, entre répétitions de leur concert de rock, conversations au téléphone dans les rues de la Bastille, vie quotidienne et sexe quotidien, émois quotidiens... et musique. Une sorte de suite cinéma-vérité à XYZ.
Et puis... et puis, durant mes deux semaines de vacances, j'ai repensé à mes tournages précédents. Je me suis souvenu comme mes tournages parisiens, "Sextet", "XYZ", avaient été pénibles et risqués. Problèmes de stationnement, de véhicules, de rendez-vous, de matos à trimbaler dans des escaliers, de décors disséminés, d'horaires, de lumière cracra parce que la lumières, à Paris, en septembre, faut pas compter dessus... Beaucoup de temps et d'énergie gaspillés en transports et installation, stress et engueulades improductifs. Alors qu'un tournage dans un lieu unique et avec beaucoup d'extérieurs va très vite et maximise le rendement. Donc la qualité. J'ai pris peur. Je me suis dit "Casse-cou".
Du coup, il en est où le père Biroute?
Du coup, il est en train de TOUT changer et de préparer un tournage... en Crête !
J'ai trouvé un p'tit village au bord de l'eau. Quatre maisons, un cargo échoué, une plage de galets, la montage aride et les oliviers autour.
L'hôtelier du coin a pas peur du porno. Il a des chambres et des villas et il serait content d'avoir quinze personnes à loger et nourrir en septembre. Il attend ma visite.
Ce serait beau, en HD, un huis-clos sentimental, un chassé-croisé sensuel entre quelques filles et quelques garçons au pied des oliviers, dans ce bout du monde inattendu bercé par le chant des vagues et des cigales.
Les acteurs et actrices sont déjà OK pour les dates.
Faut bosser, faut bosser.
Ah, et puis tiens... Fin août, je fais un stage d'étalonnage pendant cinq jours. Pour que mes zimages soient encore plus belles.
Banzaï.
A suivre
